Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 18 novembre 2017

Justice League - Zack Snyder (2017)


Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d'une attaque apocalyptique…

Marvel et sa formule audacieuse d’univers partagé est devenu ces dernières années le mètre-étalon du blockbuster à succès, envié par tous les studios. Relecture moderne du serial d’antan jouant sur le regain feuilletonesque actuel dû aux série télé, l’univers Marvel aura su imposer un tout cohérent, un divertissement plaisant et sans génie mais qui, en dépit de quelques sorties de route (les piteux Iron Man 2 (2010) ou le premier Thor (2011) aura su imposer un rendez-vous régulier et des personnages récurrents que le spectateur se plait à retrouver. La formule conçue patiemment s’avère cependant difficilement déclinable comme va le constater Universal avec son univers partagé Universal Monsters (tué dans l’œuf par le bide du très mauvais La Momie avec Tom Cruise - Alex  Kurtzman, 2017) et donc Warner cherchant aussi à la reproduire avec les super-héros DC comics. Tout avait pourtant bien commencé avec l’excellent Man of Steelde Zack Snyder (2013), refonte ambitieuse, sombre et spectaculaire de Superman qui offrait une vraie alternative au genre. 

Seulement, l’accueil mitigé et le triomphe d’Avengers (Joss Whedon, 2012) réoriente la politique de Warner quant au ton de son univers. Cela donnera le schizophrène Batman vs Superman (2016) où l’imagerie et les thématiques de Snyder sont constamment parasitées par les concessions mercantiles (le teasing des futures aventures et nouveaux personnages incrustés au forceps en plein film quand Marvel avait la sagesse de les mettre en post-générique). Après un Suicide Squad (David Ayer, 2016) catastrophique, Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017), pourtant moyen, paraissait nettement plus regardable grâce au cadre rétro et au charisme de Gal Gadot - et une supposée portée féministe alors qu’un Kill Bill (2003 et 2004) ou un Alien (1979) portaient bien plus cet étendard qualitativement. La production chaotique de Justice League aura gâché la seule qualité de ce DC Universe, la patte de Zack Snyder. Epuisé par la pression du studio et découragé par le mauvais accueil critique, le réalisateur fait également face à un drame avec le suicide de sa fille. Il quitte donc le projet après la fin du tournage, laissant la post-production aux mains du studio qui entame de nombreux reshoots exécutés par Joss Whedon.

Le résultat, désormais sans aucune ligne directrice dans le ton, l’esthétique et la construction, s’avère donc catastrophique. Le montage chaotique enchaîne les séquences sans fluidités ni cohérence, l’atmosphère solennelle des précédents opus est oubliée pour un festival de blagues façon Marvel et les faux-raccords hérités des reshoots pleuvent (Ben Affleck affuté ou bouffi d’une scène l’autre, la moustache effacée numérique d’Henry Cavill – qu’il gardait dans le cadre du tournage de Mission Impossible 6 – bien voyante). Le seul espoir reposait sur la mise en scène de Snyder mais, hormis quelques fulgurances et plans iconiques, le montage orchestré par le studio gâche toutes les amorces formelles intéressantes. Le découpage rend le moindre combat incompréhensible et le climax plus spectaculaire constitue une bouillie numérique difficilement soutenable – surtout quand on se souvient de celle fabuleuse de Man of Steel. On sauvera une alchimie de groupe qui fonctionne tout de même assez bien, mais les dialogues ridicules, le méchant risible et une redite navrante dans les péripéties (encore des coffrets McGuffin récupérer et un rayon qui va détruire la terre, un climax archi revu dans les blockbusters récents) gâchera totalement cette dynamique. A force de vouloir livrer un objet calibré et sans orientation définie, Warner propose là un produit pas fini à tout point de vue et un des blockbusters les plus ratés de l’année. 

 En salle

mercredi 15 novembre 2017

Japanese Girls Never Die - Azumi Haruko wa yukue fumei, Daigo Matsui (2016)


Haruko, une jeune employée de bureau au quotidien morose disparaît et son avis de recherche est repris par des street-artists, son visage est désormais peint sur tous les murs de la ville. Un mystérieux groupe de lycéennes non-identifiées se met à attaquer des hommes apparemment par hasard. Ces séries d’évènements s’entrecroisent, Haruko en serait-elle le lien ?

Dans ses mœurs quotidienne, son modèle de société voir même dans ses fantasmes sexuel, la société japonaise s’avère profondément machiste et patriarcale. Cet état fut été scruté de diverses manières dans l’histoire du cinéma japonais : feutré, dramatique et étouffante dans les classiques de Ozu ou Mizoguchi, racoleur ou vindicatif dans le cinéma d’exploitation selon qu’on se place du côté du pinku eiga ou du film de vengeance façon La femme Scorpion. Avec son troisième film le réalisateur se place au croisement de ses approches réalistes et/ou stylisé pour traiter du machisme du Japon contemporain à travers le destin de plusieurs jeunes femmes.

La narration éclatée livre toute les clés dans une scène d’ouverture en kaléidoscope ou diverses scènes livrent tous les moments clés à venir du récit. Par la suite malgré une construction plus linéaire le montage agence toujours certaines séquences de façon décalée qui crée une étrangeté suspendue captivante dans sa temporalité – les avis de recherche de Haruko (Yu Aoi) parallèles à sa présence effective créant une tension quant au moment de sa disparition. L’histoire dessine donc des situations ordinaires critiques pour ses deux héroïnes subissant ou se soumettant à cet ordre machiste. Haruko est une trentenaire au quotidien morne d’employée de bureau tandis que la plus jeune Aina (Mitsuki Takahata) vivote après l’obtention de son diplôme. L’infantilisation inhérente à la femme japonaise est mise en parallèle à travers le traitement infligé par leur entourage (Haruko traitée comme une enfant par ses parents par ses parents chez qui elle vit toujours) ou par leur propre attitude maniérée (la tenue et les attitudes kawaï d’Aina). 

Leur caractère et tout simplement leur féminité les plie instinctivement à ce joug masculin notamment dans les amours. Chacune des deux jeunes femmes représentent une transition, une consommation passagère pour les hommes qu’elles aiment. Matsui filme d’ailleurs les scènes d’amour à travers ses figures féminines en demande. Ce sera de façon anxiogène durant l’étreinte dans une maison abandonnée pour Haruko et son amour de jeunesse, et plus coquine pour Aina mais cette manière de s’offrir les places en situation de faiblesse. Leur construction intime leur fait espérer le grand amour pour des hommes indignes quand la nature profonde de ses derniers (et ce quels que soient leur tranche d’âge voir les patrons libidineux d’Haruko) les amènera toujours à viser un fantasme, toujours plus jeune et docile.

Le film escamote pourtant ces relents sinistres par sa constante soif de liberté. C’est là qu’interviennent les fulgurances pop portées par ce montage éclaté, les errances nocturnes où la ville s’orne des dessins de graffeurs en herbe. Là encore pourtant le regard de Matsui est double. L’art des graffeurs exploitent encore symboliquement la femme en faisant de la reprise stylisée des avis de recherche d’Haruko un instrument de réussite masculine. Parallèlement ces mêmes nuits tisse une liberté et un art vivant plus extrême où de jeunes lycéennes passent à tabacs des salarymen amateur de très jeunes filles. A la lenteur, pâleur et désespoir du réel des journées se substituent un déluge de couleurs, de ralenti et d’effet dans ce déchaînement girl power nocturne. Toutes les amorces de scène abrégée où biaisée par le réalisateur laissent ainsi voir une signification plus positive qu’il n’y parait au départ. 

La narration morcelée affirme en fait le cheminement vers la liberté des deux héroïnes se perdant d’un monde d’artifices et de d’(é)illusion nocturnes (magnifique retrouvailles finale dans le parc) vers un jour plus chargé d’espoir et de liberté. C’est par la cinglante note d’intention pop que le réalisateur exprime le mieux sa volonté avec une séquence animée splendide de hargne et de virtuosité puis un affrontement en lycéenne et policier qui renvoie aux plus belles heures de la pinky violence des 70’s et possible influence de Matsui. L’émancipation sera pop ou ne sera pas ! 

Visible actuellement au festival du cinéma indépendant japonais Kinotayo 

lundi 13 novembre 2017

Les Femmes des autres - La rimpatriata, Damiano Damiani (1963)


C’est le temps des souvenirs pour une bande d’amis qui se retrouvent après de nombreuses années de séparation. Tous approchent de la quarantaine et souhaitent, au cours d’une soirée, retrouver le goût de l’insouciance de leur jeunesse. Mais au fil des heures, les souvenirs plus ou moins heureux s’égrènent, apportant peu à peu une tension dramatique à cette réunion d’amis…

Les Femmes des autres est un des premiers films de Damiano Damiani dont la teneur plus intellectuelle en fait une œuvre assez étonnante dans une filmographie par la suite bien plus portée vers le cinéma de genre. Pourtant même dans ses œuvres plus ouvertement grand public, Damiani faisait preuve d’une conscience politique exacerbée comme le western Zapata El Chuncho (1966) ou le polar Confession d'un commissaire de police au procureur de la république (1971). Ici il va s’attacher à dépeindre la réunion d’un groupe d’amis milanais. Tous représente une réussite bourgeoise et arrivistes typique de cette génération post Deuxième Guerre Mondiale et ayant profité des largesses du boom économique. Alberto (Francisco Rabal), Sandrino (Riccardo Garrone), Nino (Riccardo Garrone) et Livio (Paul Guers) ont ainsi respectivement réussis dans le milieu des affaires, de l’industrie du bâtiment ou encore en tant que médecin prestigieux. Les retrouvailles sont donc sources de rires et de souvenirs graveleux mais tous sont hantés par le souvenir du plus brillant d’entre eux, Cesarino (Walter Chiari), celui qui n’a pas réussi et qu’ils ont abandonnés à son sort. Pris d’une impulsion, il décide d’aller le retrouver dans le cinéma qu’il gère dans un quartier populaire de Milan.

Tous le récit montrera le fossé séparant Cesarino de ses anciens amis, tant dans la réussite sociale que dans une noblesse de caractère jamais estompée. Lorsque le groupe décide de se lancer dans une soirée de drague en souvenir du bon vieux temps, la douce poésie de Cesarino fait tâche avec la lourdeur misogyne de ses compagnons. Tout comme au temps de leur jeunesse ces derniers héritaient de ses anciennes conquêtes, c’est l’observateur Cesarino qui les aiguille vers les clientes de son cinéma dont il a su voir gouts et manque affectifs mais systématiquement la balourdise du groupe vient gâcher les possibles rapprochements. Damiani scrute ces échecs avec amusement en croquant des figures farfelues comme cette blonde simplette ne pensant qu’à rentrer avant le couvre-feu de son frère. Parfois la brutalité de ces hommes aux mœurs d’un autre âge ressurgit comme durant une scène d’amour où Alberto se montre lourdement insistant pour coucher avec la douce Carla (Letícia Román). Par sa douceur de caractère et son empathie, Cesarino se montre attachant même quand il se lance dans un numéro de séduction téléphonique farfelu. Quand ses compagnons se croient tout permis par leur statut d’homme et leur réussite sociale, Cesarino se démarque toujours par sa nature rêveuse que savent voir les femmes sous la carapace séduisante.

Dans ce schéma le scénario réserve de sacrées surprise pour retourner le supposé échec social et intime de Cesarino à son avantage par rapport à ses amis nantis. Quand chacun se confiera sur ses difficultés matrimoniales (et qui dans un pur réflexe machiste garderont la « maman » à domicile pour aller chercher la « putain » dans les aventures de passages) le foyer libertaire de Cesarino s’avérera le plus équilibrés. Chacune des jeunes femmes embarquées dans la virée nocturne fini par voir le vrai visage de ces hommes méprisables, trouvant en Cesarino la vraie oreille attentive qui peut les aimer ou les guider vers celui qui les convient – la blonde naïve mise dans les bras du prolo écorché vif joué par Gastone Moschin. 

Finalement rien n’a changé, Cesarino domine ses camarades qui en dépit de leur réussites financière ne peuvent que le jalouser. On devine alors les motifs de la rupture passée, le trop doux Cesarino ne pouvant se confronter au cynisme de ses anciens amis. La noirceur du final voit donc le groupe se délecter des maux de Cesarino, victime de sa sensibilité à fleur de peau. Pas de place en ce monde pour les âmes plus sensible et vulnérable, même si semble que le vrai bonheur leur semble bien destiné. Une grande prestation de Walter Chiari, jamais aussi bon que dans cette normalité tranquille.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo 

Extrait