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mardi 27 juin 2017

Sex and Zen - Yu pu tuan zhi: Tou qing bao jian, Michael Mak (1991)

Dans la Chine médiévale, la virilité est signe de puissance : si un noble constate que son domestique possède un membre plus imposant que le sien, celui-ci peut se fâcher tout rouge. C'est ce qui arrive au valet de Ming (Lawrence Ng), blessé dans l'entrejambe par son maître d'un coup de couteau. Pris de regret, le maître conduit le blessé chez un guérisseur-sexologue un peu obèse mais surtout très fou (Kent Cheng) ! Le remède de ce zinzin : greffer un zizi de cheval qui en pleine forme atteint la respectable longueur de 50 centimètres, quelle forme ! Adepte de la mini-guillotine pour l'amputation de l'ancien membre, il faut un orage obligatoirement pour que le praticien rentre en transe et que l'opération soit possible. Maintenant bien monté, Ming peut enfin culbuter sa femme ainsi que d'autres demoiselles qui ne résisteront pas à l'animal.

Une des raisons du succès du fameux Histoires de fantômes chinois de Ching Siu Tung et Tsui Hark (1987) était son mariage réussi en fantastique, romance, renouveau du récit en costume et un érotisme ouaté et délicat apportant un piquant inattendu à l'ensemble. On y conservait un raffinement esthétique auquel s'ajoutait cette dimension érotique qu'on trouvait déjà dans certaines des meilleures réalisations de Chu Yuan à la Shaw Brothers comme Intimate Confession of a Chinese Courtesan (1972) ou Le Complot des clans (1977) Sex and Zen reprend ces éléments de recherche formelle, érotisme et même quête initiatique mais en déplaçant complètement le curseur. Il faut dire que le film s'inscrit dans la fameuse Catégorie 3, cette classification à la marge autorisant tous les excès au sein du cinéma hongkongais. Sex and Zen adapte donc le classique de la littérature érotique chinoise La Chair comme tapis de prière écrit par Li Yu au 17e siècle. Le film reprend les préceptes charnels du roman qui constituait une véritable charge contre le puritanisme du confucianisme.

L'aspect intéressant sera la manière dont la grivoiserie (marquée par le toujours très gras humour cantonais) se mariera à ce visuel stylisé et au respect du propos du roman. Le récit met en parallèle les destins de différents personnages n'existant que pour l'assouvissement de leur libido. Le jeune noble Meng (Lawrence Ng) n'a ainsi, malgré les avertissements de son maître, comme unique but que de séduire et faire découvrir le plaisir au plus de jeune femme possible. L'entreprise commencera par sa nouvelle épouse réticente mais qui au bout de quelques mois d'initiation deviendra une véritable chatte en chaleur insatiable. Dès lors d'autres conquêtes s'imposent mais Meng va être confronté à un problème de taille, précisément celle de ses attributs qui le complexe. Le recours à un chirurgien farfelu expert en greffe improbable va faire de notre héros un étalon au sens propre du terme, auquel plus aucune femme ne résistera. Le film évite le machisme inhérent au Pinku Eiga japonais avec une bonne dose de second degré tournant en ridicule toutes les démonstrations de virilité des personnages masculins.

La scène de greffe est monument de grotesque et d'excès graveleux, et les coïts les plus intenses tout en montrant la testostérone surdimensionnée des hommes, la fustige et la moque. Cela se fera en déployant ces tares masculines à travers les différents protagonistes, que soit la vanité de Meng ou la brutalité de Wong Chut (Elvis Tsui) pour lequel "satisfaire" sa femme relève de la soumission avilissante. Toute la trame fonctionne ainsi, à la fois dans des séquences érotiques qui renversent de plus en plus les rapports de force homme/femme (Meng entraîné vers un inattendu trip SM par une amante, et desséché à la manière du Calmos (1976) de Bertrand Blier par une horde de harpies en rut) mais aussi la structure du réussi où comme une boucle les hommes se retrouvent et paient chèrement leurs excès. Le final étonnement dramatique et moral remet tout ce qui précède en question et finalement s'avère à contre-courant du message du roman.

Visuellement Michael Mak offre un spectacle haut de gamme et surprenant par son approche explicite qui se démarque de l'érotisme chichiteux de Hong Kong. Chaque scène érotique constitue un écrin savamment amené par le réalisateur laissant monter la tension, l'explosion se faisant dans des compositions de plan stylisée - notamment en reproduisant l'iconographie érotiqu chinoise classique. Plus le récit avance, plus ces scènes de sexe semblent s'éloigner de la réalité. Michael Mak a bénéficié d'un budget conséquent, alternant par intermittence la vraie classe des reconstitutions de la Film Workshop de Tsui Hark avec une esthétique plus vulgaire et tapageuse. A certain moment très crus et riche en détails salés (un instrument qui vient pimenter la teneur d'une scène lesbienne épique) succèdent d'autre plus surréalistes et onirique notamment le final où Meng est séquestré par des jeunes femmes le brisant dans sa toute puissance.

Les actrices sont toutes magnifiées par un Michael Mak (venu du cinéma d'action et donc assez brillant pour dynamiser l'ensemble) qui multiplie les effets de cadrages, de lumière, d'insert lascif pour faire monter la tension érotique. Il parvient ainsi à distiller quelques moments réellement singuliers (et des idées folles comme faire doubler les scènes érotique des actrices japonaises plus ardentes), et revisite même en plus corsé des scènes cultes d'autres films (la scène de la bassine de Histoire de fantôme chinois prend un tour bien moins chaste). Au final un spectacle drôle, excitant et sans doute le film érotique le plus chiadé formellement d'un genre qui en compte bien peu.

Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo 

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